Il y a plusieurs années de cela, je visitais, à Maracaibo, au Venezuela, un ami qui m’avait auparavant lancé l’idée d’y faire affaire au moyen d’une entreprise d’importation de pièces de voitures automobiles. J’avais le goût de l’aventure et j’ai choisi de saisir une occasion qui se présentait somme toute intéressante.

J’avais quitté le Canada trois mois à l’avance afin de m’assurer que tout soit conforme et en règle selon les lois du Venezuela, plein d’entrain et d’énergie. Malgré mon travail acharné et le temps consacré aux démarches requises par les autorités locales, j’ai vite découvert qu’obtenir un permis ou quelque document que ce soit dans ce pays pouvait prendre plusieurs jours voire des mois. C’était, à tout le moins, un processus qui au Canada serait autrement plus rapide. Néanmoins, mon passage là-bas s’est avéré plus riche qu’espéré, alors que j’ai pu y découvrir l’amour et fonder une famille. Cette famille avec qui je souhaite vivre ici, au Canada.

Mon histoire d’amour a commencé le soir où mon ami m’a amené à une soirée. C’était la fête d’une femme qu’il connaissait, et il insistait sur le fait que cela allait me changer les idées. Arrivé sur les lieux, ne connaissant personne, je m’étais convaincu d’y rester au moins un peu de temps, question de tâter le terrain, sans plus.

Or, et à ma grande surprise, on s’est assuré de me faire sentir à mon aise, sans me traiter en étranger. Il s’agissait d’un certain choc culturel, alors que j’étais habitué aux relations plus formelles que l’on retrouve au Canada. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de parler avec celle pour qui on fêtait l’anniversaire ce soir-là, Sara. Nous allions bientôt former une nouvelle famille, séparée malgré nous.

Soixante-douze heures plus tard, j’ai reçu un coup de fil de Sara. Elle voulait me remercier de l’avoir visité le jour de sa fête. Sara m’appelait aussi pour m’inviter à un dîner en plein air le dimanche suivant chez ses parents. J’ai tout bonnement accepté son offre. Après tout, elle me plaisait bien.

Je me suis présenté chez les parents de Sara le jour venu et là encore, même choc culturel et même agréable surprise : on m’a reçu et traité comme un membre de la famille. Plusieurs personnes s’y trouvaient déjà et l’ambiance était chaleureuse. Son père et son frère m’estimaient considérablement. Bref, rien ne semblait s’interposer entre nous. Le vent dans les voiles, je l’ai donc invité à mon tour, au restaurant.

Sara m’avait reçu comme un roi et je voulais lui faire bonne impression. Toutefois, j’étais déchiré entre le cœur et la raison. J’aimais être en compagnie Sara, bien que j’avais du mal à concevoir une relation de couple viable avec toute la distance qui nous séparerait une fois de retour au Canada. J’ai finalement invité Sara à un restaurant situé en bas du pont principal de la ville de Maracaibo. C’était un endroit romantique avec terrasse sur le bord de l’eau. La nourriture était exquise ; le temps finit par s’arrêter pour moi. Je me laissais bercer par les récits de Sara, à propos de sa culture, de sa vision des choses. Nous ne sommes jamais retournés à cet endroit. Il s’agit pourtant d’un des moments les plus marquants de ma vie.

Le jour suivant, c’était Sara de nouveau au téléphone. Elle me demandait combien de temps je pensais encore demeurer à Maracaibo, ce sur quoi je ne savais pas quoi lui répondre, vu tous les délais administratifs auxquels je me heurtais dans le cadre de l’ouverture de mon commerce. Sans en dire davantage, Sara me suggéra de la rejoindre.

Je n’avais aucune idée de ce qui se tramait dans la tête de Sara ni où elle voulait m’emmener, mais c’est avec légèreté que nous sommes partis pour nous arrêter devant l’édifice Salto Angel de Maracaibo. Sara y connaissait une personne qui offrait de beaux appartements meublés en location mensuelle. Sara me voulait plus près d’elle, avais-je songé. J’ai délaissé l’hôtel, bien plus cher, pour un des appartements.     

Sara prenait de plus en place dans ma vie. Elle me visitait fréquemment, tirait plaisir à me cuisiner des plats et à prendre soin de moi. Nous étions bientôt en relation de couple. Sara m’aidait aussi dans les démarches que j’entreprenais en lien avec mon commerce en me présentant les bonnes personnes au bon moment, ce qui accélérait grandement le processus. Nous n’avons pas tardé à composer un ménage.

Près d’un an et demi plus tard,  Sara accouche de notre première fille, Alejandra, un véritable don du ciel ! Notre mariage civil a eu lieu en 2004 et en 2006, Sara donnait naissance à notre deuxième fille, Véronique. Quatre ans plus tard, notre petite Rebeca vit le jour. C’était en 2010.  

Je suis rentré au Canada un an plus tard, sans mes enfants et ma femme, laquelle est toujours dans l’attente d’un visa de séjour depuis. Avec le temps, j’ai appris à bien connaitre Sara, elle qui a été à mes côtés durant toute notre relation et l’elle encore en dépit de la distance qui nous sépare. Notre famille est très forte et je puise la force de continuer à me battre pour que mon épouse et mes enfants puissent me joindre au Canada dans son amour ainsi que les beaux moments que nous avons passés ensemble. 

La situation au Venezuela a beaucoup changé. Ce pays autrefois si riche et paradisiaque ressemble désormais à un enfer, avec de moins en moins de nourriture en plus de coupures d’eau et d’électricité de plus en plus longues. Le manque de soins médicaux, la piètre qualité du système d’éducation et le danger que courent mes filles ainsi que ma femme me causent un dommage moral doublé d’une préoccupation constante pour elles.

Sara, moi et les enfants arrivons à nous voir quelques fois par an, avec tout le lot de dépenses excessives et de faux espoirs que cela implique. Les obstacles aux demandes de visa de Sara ne semblent d’ailleurs plus manquer : chaque nouvelle demande amène un nouveau refus. En attendant de vieillir avec ma famille, je continue de croire et d’espérer.

À suivre…